Éditorial : Pas de tribune, pas de quartier. L'illusion du débat démocratique


Alors que la rentrée médiatique consacre une fois de plus l'hégémonie grandissante de l'extrême droite sur les ondes et les plateaux, et que les tribunaux jugent à peine les violences à répétition de milices fascistes dans nos rues, la question de la liberté d’expression revient comme un piège rhétorique.
Dans ce marasme de l’illusion libérale, on nous somme, au nom de la « tolérance », d'offrir des tribunes à ceux dont le projet politique même est notre élimination sociale.
Pour le courant de l’anarchisme social, communiste libertaire et anarcho-syndicaliste que défend Contre-Courant, la réponse est limpide : le droit de parole accordé à l'extrême droite n’est pas un sujet de salon philosophique, c'est une question de survie collective.
Face aux théories nationalistes, racistes et autoritaires, nous opposons une doctrine sans compromis : l’autodéfense populaire et le refus absolu de toute tribune pour les oppresseurs.
Le fascisme n'est pas une opinion
Il est grand temps de briser le mythe libéral selon lequel « les mauvaises idées se combattent par de meilleurs arguments ».
Le fascisme n'est pas une opinion divergente, c'est un crime en gestation.
Une opinion s’inscrit dans un débat sur l’organisation de la société ; le discours fasciste, lui, vise la destruction de catégories entières d'êtres humains.
Attendre que ces idées se traduisent en actes ou en lois pour réagir est une erreur historique que le mouvement ouvrier et les minorités ont déjà payée au prix fort.
Les mots de l'extrême droite sont l’avant-garde de sa violence matérielle.
Accepter de débattre avec eux sur un plateau de télévision, dans une assemblée ou dans les colonnes d'un journal indépendant, c'est normaliser leur position et les élever au rang d'interlocuteurs valables.
Or, on ne débat pas avec quelqu'un qui conteste votre droit à l'existence.
La complicité des algorithmes
À cette infrastructure médiatique traditionnelle s'ajoute désormais la complicité active des géants du Capital numérique.
L'extrême droite ne s'est pas imposée en ligne par la seule force de ses militants, elle a été propulsée par les algorithmes des réseaux sociaux qui amplifient structurellement les discours de haine pour maximiser le temps d'écran et le profit.
Pire encore, ces multinationales de la tech soutiennent ouvertement cette dérive en abandonnant toute modération digne de ce nom. Le démantèlement des politiques de régulation et du fact-checking chez Meta ou l'alignement sur le modèle de X ne sont pas des victoires pour la liberté d'expression : ce sont des choix politiques.
En refusant de supprimer les contenus fascistes et en reléguant la modération à de vagues « notes de la communauté », les plateformes se font le réceptacle et le haut-parleur de la réaction.
La riposte ne viendra pas de leurs règles d'utilisation ou de timides régulations étatiques, mais d'un boycott offensif, du piratage de leurs espaces et du sabotage de leurs flux pour briser ces bulles de radicalisation algorithmique.
La stratégie du No Platform
La réponse libertaire face à ce danger global se résume par un mot d’ordre d’action directe : No Platform (Pas de tribune). Cette stratégie ne repose pas sur une quelconque demande d'interdiction adressée à l'État.
Nous savons que l'appareil policier et judiciaire est structurellement lié à la défense de l'ordre bourgeois et se montre historiquement complaisant avec la réaction.
Le blocage se fait par la censure populaire.
Cela implique le boycott, le sabotage numérique et le blocage physique des meetings, la perturbation des conférences, ainsi que le refus systématique de laisser l'espace public devenir un déversoir de haine.
Nos syndicats, nos squats, nos universités et nos médias alternatifs doivent constituer des zones d'exclusion totale pour les fascistes. Il ne s'agit pas de discuter, mais de saturer l'espace pour qu'ils ne puissent jamais s'implanter.
L'autodéfense sociale en actes
Cette nécessaire censure populaire est indissociable d'une autodéfense sociale et collective.
L’autodéfense ne se limite pas à la riposte physique lors de confrontations de rue, bien que celle-ci soit pleinement assumée face aux agressions des groupuscules d'extrême droite.
Elle s'entend comme une préservation globale de l'autonomie des opprimés.
D'un côté, l'action directe défensive sécurise nos quartiers, nos manifestations et nos lieux de vie.
De l'autre, l'alternative sociale développe des réseaux de solidarité, d'éducation populaire et d'entraide ouvrière pour couper l'herbe sous le pied de la démagogie réactionnaire qui capitalise sur la misère sociale.
Pour Contre-Courant, la dignité humaine, l'égalité et la liberté ne sont pas négociables. Les fascistes n'auront ni nos lignes, ni nos rues, ni nos esprits.



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