top of page
Contre-Courant-logo

Journal de lutte et d'alternative anarchiste

Les pompiers pyromanes du système : pourquoi la gauche, Attac et l'humanitaire sont les bouées de sauvetage du capitalisme

Photo du rédacteur: Contre-Courant
Contre-Courant
il y a 1 heure
5 min de lecture





On nous vend quotidiennement le spectacle d'une « gauche radicale », d'organisations altermondialistes et de structures humanitaires comme le fer de lance de la contestation. Dans un paysage médiatique et politique totalement décentré vers la droite libérale, il suffit aujourd'hui de réclamer une taxe sur les superprofits, d'exiger une meilleure répartition de l'impôt ou d'appeler à la paix sociale pour se faire étiqueter à « l'extrême gauche ». Pourtant, lorsque l’on gratte le vernis de cette rhétorique progressiste et solidaire, la réalité se révèle brute : ces organisations ne cherchent pas à briser les chaînes du capital ; elles se proposent simplement de les polir, d’en gérer le confort et d’en administrer la misère.


Certes, on ne peut pas nier que ces structures effectuent un travail de documentation. Elles dénoncent les scandales de l'évasion fiscale, pointent du doigt les ravages écologiques des multinationales et publient des rapports chiffrés sur l'explosion des inégalités. Mais dénoncer les symptômes ne suffit pas lorsque l'on refuse d'abattre la maladie. Pour nous, anarchistes, et pour nous qui nous réclamons de la pensée de Mikhaïl Bakounine et de l'anarcho-syndicalisme, le réformisme, le citoyennisme et la charité d'État ne sont pas des alternatives : ce sont les béquilles indispensables à la survie du système capitaliste.


Domestiquer le monstre : le mirage d'Attac et de la régulation fiscale

La ligne politique d’organisations comme Attac (l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne) illustre parfaitement ce renoncement idéologique. En concentrant leurs luttes sur la justice fiscale, la lutte contre l’évasion ou la taxation des marchés financiers, ces structures acceptent, en creux, la légitimité et la pérennité du système capitaliste. Elles réclament un capitalisme « propre », régulé par des traités internationaux et encadré par des parlements.


Mais le capitalisme ne s'aménage pas. Il repose structurellement sur l’exploitation de la force de travail et l’appropriation privée des moyens de production. Demander aux dominants de payer un impôt plus juste sans remettre en cause les rapports de production, c'est signer un pacte de coexistence pacifique avec l'oppresseur. C’est du réformisme pur et simple, une tentative de gestionnaires de gauche qui tentent de sauver le système de ses propres excès en espérant le rendre humain. Une contradiction totale dans les termes.


Le fétichisme de l’État : la critique de Bakounine face aux trahisons du PS et aux pièges autoritaires

Cette volonté de gérer le capitalisme de l'intérieur découle d'une croyance aveugle dans les structures de l’État. Le cas du Parti Socialiste en est l'illustration historique la plus flagrante : à chaque fois qu'il a accédé au pouvoir pour "changer la vie", il s'est transformé en un redoutable gestionnaire loyal du système capitaliste, brisant les grèves et appliquant l'austérité.


Aujourd'hui encore, la gauche parlementaire – de la social-démocratie traditionnelle du Parti Socialiste à La France Insoumise, en passant par les reliquats du Parti Communiste ou des Écologistes – s'obstine à faire croire que l’État serait un outil neutre qu’il suffirait de conquérir par les urnes pour faire le bien.

C'est ignorer la nature profonde du pouvoir. Nous n'avons pas de grands leaders, pas de chefs ni de dogmes sacrés, mais nous tirons de précieuses leçons de l'histoire des luttes. Comme le démontrait Bakounine, l’État n'est pas le garant du bien commun ; il est l’appareil bureaucratique, juridique et policier conçu par et pour la minorité possédante pour protéger ses privilèges et maintenir l'asservissement de la majorité.

L'État et le système capitaliste sont les deux faces d'une même pièce : on ne peut détruire l'un sans détruire l'autre.


Cette mystification de l'autorité fait écho aux impasses historiques des courants révolutionnaires autoritaires, au premier rang desquels figurent les trotskistes et les maoïstes. Bien qu'ils prétendent vouloir abolir le capitalisme à terme, ils choisissent la voie du centralisme jacobin, du parti d'avant-garde et de la « dictature du prolétariat » par la prise du pouvoir d'État.


L’Histoire a pourtant tranché depuis la rupture historique de 1872 lors de la Première Internationale entre Marx et Bakounine. Les analyses de l'époque l'avaient prophétisé avec une clarté aveuglante : « Si vous prenez le plus rouge des républicains et que vous le mettez sur le trône de toutes les Russies, ou que vous lui confiez un pouvoir dictatorial, avant qu'un an soit passé, il sera devenu pire que le Tsar lui-même ».

Qu'il s'agisse de la prise du pouvoir par les urnes ou par un parti militarisé, la méthode autoritaire des trotskistes mène inévitablement à la reconstruction d'un État policier. La prise du pouvoir étatique ne libère pas le peuple, elle engendre une nouvelle classe de bureaucrates et d'oppresseurs.


En pratique, l'histoire a montré que les chefs marxistes se sont systématiquement révélés être les pires contre-révolutionnaires, écrasant dans le sang les dynamiques populaires et autonomes (comme Trotsky le fit lui-même à Cronstadt face aux marins révoltés ou contre la Makhnovchtchina en Ukraine). Qu'il s'agisse de la gestion tranquille des réformistes ou de la gestion de fer des partis autoritaires, la finalité reste identique : la perpétuation d'une structure de domination verticale où le peuple est dépossédé de son propre destin au sein du système capitaliste.


Le complexe médico-humanitaire : pansements sur jambes de bois et business de la misère

Plus insidieuse encore est l'immense nébuleuse des grandes organisations non gouvernementales (ONG) et des associations prétendument « humanitaires ». Sous couvert de solidarité, leur fonction systémique est d'agir comme les ambulanciers du système capitaliste. Elles gèrent les dégâts collatéraux de la violence économique mondiale sans jamais s'attaquer à sa racine.

En distribuant des miettes et en palliant l'absence de services publics par la charité, ces structures transforment des droits fondamentaux en actes de générosité octroyés par les riches.

Elles transmutent la révolte politique légitime en une détresse morale à soulager. Pire encore, elles institutionnalisent la misère : pour justifier leur propre existence et maintenir leurs structures, ces organisations ont structurellement besoin que la pauvreté perdure. Elles fonctionnent comme des entreprises de la bonne conscience, massivement subventionnées par ce même État qui précarise, expulse et opprime au quotidien.


De la mascarade citoyenniste à l'anarcho-syndicalisme et l'action directe

Le mode d’action de tout ce bloc réformisto-humanitaire découle logiquement de sa doctrine : pétitions en ligne, marches blanches, lobbying de couloir, recours juridiques...

Ce catéchisme de la non-violence et de la légalité est une soupape de sécurité pour les dominants. Il garantit aux banquiers et aux gouvernants que la contestation ne débordera jamais le cadre fixé par la préfecture et le code pénal rédigé par leurs propres soins. On demande aux exploités de protester poliment, en respectant la propriété privée et la liberté du marché capitaliste.


Contre ce grand cirque de la régulation, du vote et de la charité, notre journal Contre-Courant réaffirme les principes de l'anarcho-syndicalisme et de l'action directe.

L’émancipation ne viendra ni d’un décret gouvernemental, ni d’un chèque humanitaire, ni d’un bulletin déposé tous les cinq ans dans une boîte en plastique.

Nous affirmons que la liberté ne peut être créée que par la liberté, c'est-à-dire par la révolte globale des exploités et l’auto-organisation à la base, sans délégués permanents ni professionnels de la politique.


Par la grève générale expropriatrice, par le contrôle direct des moyens de production par les syndicats ouvriers et les assemblées de base, par la création de réseaux de solidarité hors de l'État (cantines populaires autogérées, caisses de grève autonomes, squats d'activité), nous détruirons les rapports et les hiérarchies propres au système capitaliste.


Il est temps de crever l'abcès : tous ceux qui défendent l'illusion de réformer ou de soigner le système capitaliste en s'appuyant sur l'État sont les complices objectifs de sa survie.

Face à leurs bouées de secours, notre choix est fait : souffler la tempête de l'anarchie.

 
 
 

Commentaires


bottom of page